Émotion, raison et apprentissage
- Loïc Dejean

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Pourquoi le cerveau ne “déconnecte” pas… mais change de mode
Pendant longtemps, les formateurs ont expliqué le fonctionnement humain à l’aide d’un modèle très populaire : le cerveau triunique de Paul MacLean.
Un modèle séduisant, simple à comprendre, et longtemps enseigné en pédagogie, en communication et en développement personnel.
Aujourd’hui pourtant, les neurosciences modernes montrent que ce modèle n’est plus valide scientifiquement.

👉 Cet article a un objectif clair :t’aider à comprendre ce qui est faux, ce qui reste utile, et surtout comment expliquer simplement ces mécanismes à tes stagiaires, sans trahir la réalité scientifique actuelle.
la suite....
1️⃣ Le cerveau triunique de MacLean : ce qu’il disait vraiment
Paul MacLean, neuroscientifique américain, propose dans les années 1950 un modèle évolutif du cerveau composé de trois “cerveaux” :
Le cerveau reptilien:
Fonctions de survie, automatismes, réflexes, comportements rapides.
Le cerveau limbique:
Émotions, mémoire émotionnelle, motivation, attachement.
Le néocortex:
Raisonnement, langage, abstraction, planification.
👉 Ce modèle n’a pas été conçu comme une vérité absolue, mais comme une métaphore explicative, à une époque où les moyens d’imagerie cérébrale étaient limités.
2️⃣ Pourquoi ce modèle n’est plus valide aujourd’hui
Les neurosciences modernes montrent que :
le cerveau ne fonctionne pas en couches indépendantes
les émotions et la cognition sont profondément intriquées
aucune décision, aucun apprentissage, aucune réflexion ne se fait sans émotion
👉 Le cerveau humain n’est pas un empilement de cerveaux anciens et récents.
👉 Il fonctionne grâce à des réseaux interconnectés qui dialoguent en permanence.
C’est ici qu’apparaît un malentendu majeur en pédagogie...
3️⃣ “L’émotion n’est plus l’ennemi de la raison” : pourquoi cette phrase surprend
🎭 Dialogue pédagogique
Le jeune "Padawane" :
« On dit aujourd’hui que l’émotion n’est plus l’ennemi de la raison…Pourtant, quand une personne est en colère, très triste ou en joie extrême, elle est incapable de raisonner correctement. »
Le "Jedi" :
« Tu as raison. Et pourtant cette phrase reste scientifiquement juste. Tout dépend de l’intensité de l’émotion. »
👉 Cette nuance change tout.
Émotion, raison et apprentissage
4️⃣ Le vrai point clé : l’intensité émotionnelle
Les neurosciences actuelles distinguent clairement deux situations:
🟢 Émotion modérée et régulée
soutient l’attention
donne du sens
motive l’engagement
favorise la mémorisation
👉 Sans émotion, il n’y a pas d’apprentissage durable.
🔴 Émotion intense et non régulée
colère forte
peur élevée
tristesse envahissante
euphorie excessive
👉 Le raisonnement complexe devient difficile, voire impossible.
👉 L’apprentissage des stagiaires est alors fortement dégradé.
Ce n’est pas un dysfonctionnement :c’est un changement de priorité biologique.
5️⃣ Une Analogie simple à utiliser
Imagine un ordinateur.
En fonctionnement normal :
l’émotion = le système d’exploitation
la raison = les logiciels
En cas de surcharge critique :
l’ordinateur passe en mode sécurité
certaines applications sont temporairement désactivées
👉 L’ordinateur ne rejette pas les logiciels.
👉 Il protège son fonctionnement global.
Le cerveau fait exactement la même chose.
6️⃣ Conséquence directe en pédagogie et en formation
Quand un stagiaire vit une émotion trop intense :
son attention se rétrécit
sa capacité d’analyse diminue
sa mémorisation chute
son apprentissage devient superficiel
👉 Ce n’est donc pas le contenu qui pose problème.
👉 C’est l’état émotionnel dans lequel il est reçu.
À l’inverse, un climat émotionnel sécurisant et stimulant :
facilite l’engagement
améliore la compréhension
renforce l’ancrage mémoriel
7️⃣ Le rôle clé du formateur aujourd’hui
Le formateur moderne n’est pas seulement un expert de contenu.
Il est aussi un régulateur d’états internes.
Son rôle :
créer un cadre sécurisant
doser les émotions
réguler avant d’expliquer
comprendre que raisonner n’est possible que dans certaines conditions émotionnelles
8️⃣ Ce que tu peux désormais expliquer simplement
« L’émotion n’empêche pas de raisonner.Une émotion trop intense empêche le raisonnement complexe et l’apprentissage, parce que le cerveau passe en mode protection. »
Cette phrase seule permet :
de réconcilier émotion et cognition
de sortir des idées reçues issues du cerveau triunique
d’installer une pédagogie alignée avec les neurosciences modernes
Émotion, raison et apprentissage: Questions pour toi, pédagogue
Dans tes formations :
quelles émotions favorises-tu réellement ?
lesquelles freinent l’apprentissage de tes stagiaires ?
et quelles techniques pédagogiques mets-tu en place pour les réguler ?
Nota: « Les idées développées dans cet article s’appuient sur des travaux majeurs en neurosciences affectives, neurosciences éducatives et psychologie cognitive, notamment ceux d’Antonio Damasio, Joseph LeDoux, Mary Helen Immordino-Yang et Lisa Feldman Barrett, reconnus internationalement. »
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